Philippe Busquin: Vers une plate-forme industrielle pour les nanotechnologies Conférence "Production durable: le rôle des nanotechnologies" Copenhague, 7 octobre 2002

October 8, 2002

Copenhague, 7 octobre 2002

Mesdames et Messieurs les journalistes, chers collègues,

J'ai le plaisir de faire une synthèse sur les présentations qui vous ont été faites aujourd'hui, mais je tiens tout d'abord à remercier le Dr Pallesen, Recteur de l'université DTU, et M. le ministre Sander pour nous avoir accueillis.

Cette journée, durant laquelle des résultats de la recherche vous sont présentés, est la cinquième d'une série qui a commencé il y a un an sur le thème de la production propre (papier, chimie, recyclage) et qui s'est complétée par des actions d'information sur les nanotechnologies.

Vous avez pu constater aujourd'hui comment les nanotechnologies sont une réponse possible aux défis du développement durable et au développement des produits et procédés industriels du futur.

Les technologies propres en support au développement durable

Dix ans après Rio, quelques semaines après le Sommet Mondial de Johannesburg, la question est d'actualité: comment assurer la qualité de vie des populations actuelles et des générations futures? En d'autres termes, comment favoriser la croissance tout en préservant l'Environnement, la Santé et la Sécurité?

La réponse est en partie technologique: il faut donc augmenter les efforts de recherche, car « sans recherche, pas d'innovation », et cela en support à une politique industrielle compétitive.

Ainsi, grâce à cette recherche, les technologies propres permettent déjà (et permettront encore davantage dans quelques années):

  • de changer les modes de production et la conception des produits pour minimiser la consommation des ressources,

  • de résoudre les problèmes des rejets d'usines et de la mise en décharge des produits usagés,

  • de stimuler un comportement responsable des utilisateurs face à la conservation des ressources, la réduction des déchets ou la réutilisation des produits.
Même si, dans les cinq dernières années des dizaines de projets ont permis de développer des procédés propres dans presque tous les secteurs industriels, d'énormes efforts restent à faire. Il faut continuer par exemple à réduire la consommation des ressources. Ainsi savez-vous que si on réduit la consommation énergétique des bâtiments de 30% on atteint l'objectif Kyoto de réduction des émissions de CO2 à 8% ... Cela demande, bien entendu, le développement de nouveaux matériaux, de nouvelles méthodes de conception, de nouvelles techniques énergétiques.

Les nanotechnologies sont une voie pour de possibles solutions !

Elles alimentent déjà des applications pratiques dans des secteurs aussi divers que ceux de l'électronique, des carburants, des matériaux. Des évolutions considérables sont à prévoir tant dans le domaine du stockage de l'énergie ou de la chimie que dans les emballages ou dans le domaine du génie civil.

Les exemples donnés par le Dr Plano démontrent comment les nanomatériaux amèneront à de véritables innovations pour un monde plus propre. L'exemple du Dr Gravesen montre le potentiel des nanotechnologies pour assurer la sécurité des citoyens. Quant à Mme Saxl elle a brillamment expliqué les relations entre nanotechnologies et développement durable. Comme elle l'a dit « les nanotechnologies c'est faire plus et mieux avec moins de ressources ».

Comment faire mieux encore?

    Vers un accroissement des investissements en recherche...
Je vous rappelle que j'ai lancé un appel aux chefs d'Etat et de gouvernement réunis au Conseil de Barcelone en mars dernier: que les efforts d'investissement en recherche soient augmentés actuellement de 1,9% du revenu européen à 3,0%, seule façon de faire face au défi que nous pose le développement de la société de la connaissance.

Cet objectif ne pourra être réalisé qu'avec un accroissement de l'effort venant en premier lieu du secteur privé , permettant à l'industrie traditionnelle d'évoluer vers une industrie à haute valeur ajoutée, de développer de nouveaux matériaux et nouveaux concepts de production.

    Vers un Espace Européen de la Recherche
Cependant, même avec un accroissement des crédits, faute est de constater que nos ressources resteront limitées... L'Espace Européen de la Recherche ouvre donc la possibilité d'actions de plus grande envergure permettant à la recherche communautaire d'obtenir une meilleure efficacité de résultats.

Les caractéristiques de la recherche d'aujourd'hui exigent que la recherche se fasse davantage d'une façon structurée et intégrée.

Comme vous savez, le 6ème Programme-Cadre, dont les programmes spécifiques viennent d'être approuvés il y a une semaine, est un instrument qui viendra en support à la création de cet espace. Le 6ème Programme-Cadre disposera, entre 2002 et 2006, d'un budget de 17,5 milliards €.

Il aidera à

  • se concentrer sur les questions clés de la recherche,

  • renforcer et structurer la base scientifique et technique,

  • stimuler de nouvelles approches et surtout

  • mieux se coordonner au niveau européen, notamment avec les actions nationales et régionales. En effet, trop de problèmes similaires sont traités à différents niveaux, sans coordination ... une stratégie commune amènera dès lors d'importantes économies d'échelle.
Un espace « nanotechnologies » ...

Cette coordination a déjà commencé dans le domaine des nanotechnologies, qui se prêtent bien aux objectifs de l'Espace Européen de Recherche. Une enquête sur les réseaux de recherche en Europe a identifié, jusqu'à aujourd'hui, 86 réseaux travaillant sur les nanotechnologies. Ceux-ci ont en moyenne 21 partenaires, impliquant au total près de 2000 organisations (les nanotechnologies sont pluridisciplinaires par nature et ceci se traduit aujourd'hui par de grandes équipes de recherche).

Ceci implique également des investissements énormes... Nous le voyons encore ici aujourd'hui à Copenhague! Aujourd'hui en Europe, la recherche en nanotechnologies représente 200 M€ de financement public annuel. Si on ajoute le privé, c'est près de 300 M€ dont on parle au niveau européen.

De façon générale, le nouveau Programme-Cadre stimulera une augmentation entre 2 et 3 fois des efforts financiers sur la nanotechnologie, selon la situation d'aujourd'hui. D'ici quelques mois, c'est entre 2 et 3 fois plus de financement qu'aujourd'hui, soit entre 600 et 900 M€ investis annuellement en Europe dont il faudra parler.

Cependant tout n'est pas qu'une question d'argent... la façon dont l'argent est utilisé est fondamentale: stimuler et faciliter l'intégration et la mise en réseaux sont deux actions prioritaires !

Je m'explique... Quand nous voyons la quantité de ressources requises pour développer la connaissance et les applications en nanotechnologies, aucune organisation ni un seul pays en Europe n'a la capacité de vraiment le faire efficacement...

D'autre part, si vous regardez dans les programmes nationaux, vous verrez plus au moins les mêmes problèmes.

Pour augmenter l'efficacité de la recherche, et pour éviter les « doublons », j'ai ainsi proposé deux nouveaux instruments:

Les projets intégrés...

... permettront la création de plates-formes industrielles de grande envergure. Nous avons atteint un point dans l'évolution de la recherche européenne qui permet de mettre les principaux acteurs ensemble. Les projets intégrés permettront aussi, dans un seul contrat, la combinaison d'activités de recherche, de démonstration, de transfert de technologie ou de formation.

En bref, ces projets visent à intégrer « stratégie , recherche et innovation ».

Quant aux réseaux d'excellence...

... ceux-ci ont pour but une intégration durable des capacités de recherche au niveau européen. Dans le cadre de l'action « nanotechnologies », ces réseaux devraient déboucher sur des capacités de recherche et d'innovation nettement renforcées.

Ces projets permettront, par leur exceptionnelle qualité scientifique, de fédérer les meilleurs chercheurs européens et d'attirer les chercheurs du reste du monde, au sein de véritables pôles d'excellence.

Par leur masse critique et grâce à la création de plates-formes technologiques, ces nouveaux instruments permettront aussi d'aider à une transformation radicale des modes de production industrielle, plus propres et plus écologiques.

Je tiens à mentionner ici les actions en faveur des PME ... Non seulement (avec 15% du budget qui leur sera alloué), elles participeront et bénéficieront de plein droit aux actions que je viens de mentionner, mais en plus, au schéma classique CRAFT, se rajoutera bientôt le schéma de la recherche collective (pour aider un large groupe de PME d'un secteur donné). Certaines priorités, notamment la priorité dédiée aux « nanotechnologies, matériaux et procédés de production », lanceront également un schéma dédié aux PME high-Tech...

Mesdames et messieurs, la compétitivité des systèmes industriels et le support à un développement durable exigent de nouvelles approches... Cela demande un énorme effort pour le renouvellement des connaissances, une plus grande intégration des compétences et des ressources, de meilleures capacités d' i nnovation et surtout une vision d'avenir !

Bientôt, les programmes spécifiques vont démarrer, et les nouvelles actions de recherche mises sur les rails... Un appel aux manifestations d'intérêt vient d'être organisé....

La réponse est très encourageante... Dans le cadre de la priorité « Nanotechnologies, Matériaux, Production », et à partir de près de 1600 EoI reçues, mes services ont identifié 98 propositions « mûres » dans le domaine des nanotechnologies et 55 dans le domaine de la production durable.

Sur cette base, je suis sûr que de nouveaux projets vont émerger, permettant d'« inventer demain », de promouvoir une meilleure qualité de vie et de donner ainsi une meilleure visibilité de la recherche au citoyen européen.

Je vous assure que mes services seront là pour aider ceux qui prendront l'initiative de nouvelles actions ambitieuses et porteuses d'avenir.

Mesdames et Messieurs, pour ma part, je retiens de cette journée:

  • l'importance de fédérer, de mettre en réseau et de faire communiquer entre eux les chercheurs et les industriels, en vue de créer des plates-formes technologiques en support à une politique industrielle compétitive; et

  • la nécessité d'accélérer le processus de valorisation des résultats scientifiques.
En effet, le potentiel des nanotechnologies pour un développement durable est énorme.

Mesdames et messieurs les journalistes,

J'espère que vous serez d'accord avec moi qu'un objectif important est de créer le climat le plus favorable pour une recherche de haut niveau et efficace.

Chaque Etat membre a son rôle à jouer. Vous avez pu vous en rendre compte aujourd'hui.

Mais il faut aussi des thèmes porteurs d'avenir et stimulants pour les chercheurs et les industriels... Les nanotechnologies et les technologies propres sont de ceux là. Ils ouvrent la promesse d'une meilleure qualité de vie, de santé, et de compétitivité, tout en permettant la conservation des ressources.

Voilà un message qui est au centre de cette journée, que j'espère vous avez appréciée...

Je vous remercie de votre attention.

DN: SPEECH/02/460 Date: 07/10/2002

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