Philippe Busquin: Vers une participation accrue de la société civile dans l'Espace Européen de la Recherche, Conférence "Gouvernance de l'Espace Européen de la Recherche: Rôle de la société civile" Br

June 13, 2003

Bruxelles, le 12 juin 2003

Mesdames et Messieurs,

A Lisbonne au mois de mars 2000, les chefs d'Etat et de gouvernement ont défini une ambition pour l'Union: devenir la société de connaissance la plus compétitive au monde d'ici 2010.

La réalisation d'un espace européen de la recherche constitue une composante essentielle de cette ambition. Il faut que l'Europe investisse plus et mieux dans la recherche.

Il est évident, néanmoins, que l'Europe ne pourra réussir ce projet de la société de connaissance que si la société y adhère pleinement.

Comment démocratiser et politiser la politique de la recherche dans le sens noble du terme sans politiser la recherche elle-même?

Comment faire participer dans les meilleures conditions la société civile dans la gouvernance de la recherche sans que cela ne constitue un frein inutile au progrès scientifique et technologique?

Trouver des éléments de réponse à ces questions est l'objectif de cette conférence ajourd'hui, qui est une première du genre au niveau européen pour la recherche.

Nous avons déjà une certaine expérience dans nos rapports avec la société civile, mais ces relations ont toujours été centrées sur des thèmes bien précis. J'ai moi-même participé, par exemple, à une conférence sur la biotechnologie pour l'agriculture dans les pays en voie de développement, ou encore sur la recherche sur les cellules souches en Europe. Récemment, nous avons organisé une table ronde sur la coexistence entre agriculture conventionnelle et OGMs.

Mais c'est la première fois, à ma connaissance, que nous discutons à l'échelle européenne du rôle que pourrait ou devrait jouer la société civile dans le développement de l'espace européen de la recherche.

Je tiens à vous remercier d'être venus à plus de 200 personnes, issues de 26 pays différents dont pratiquement tous les futurs Etats Membres de l'Union. Près du double de personnes avait exprimé le souhait de participer.

Cette forte mobilisation autour du thème de la gouvernance et du dialogue avec la société sur la recherche doit nous interpeller tous.

Elle se justifie d'autant plus que l'Union s'est engagée, depuis le sommet de Göthenburg, dans un effort de développement durable.

Le développement durable implique une forte composante de recherche dans ses trois dimensions du social, de l'environnemental et de l'économique.

Le social d'abord. Le rapport des citoyens à la science et à la technologie s'est dégradée en quelques décennies.

D'une part, les attentes de la science, pour la santé, le confort ou la communication par exemple, n'ont jamais été aussi grandes.

En même temps, les citoyens se désintéressent de plus en plus de la science, questionnent la responsabilité des chercheurs et prennent peur par rapport au progrès scientifique et les incertitudes qu'il apporte.

Certaines crises telles que la BSE au milieu des années 1990s ont renforcé cette tendance. A cela s'ajoute que certains cultivent volontairement le mythe du risque zéro, qui est une illusion dangereuse dans notre société moderne.

L'environnemental ensuite. Selon les paroles d'Edgar Morin, nous sommes tous co-responsables de notre Terre Planète.

Là aussi, les citoyens ont des inquiétudes: le changement climatique, l'eau, l'épuisement des ressources naturelles.

Ce sont des grands défis pour l'humanité qui impliquent autant d'agendas de recherche ambitieux pour comprendre les phénomènes et pour les gérer.

L'économique, enfin. L'Europe doit promouvoir sa compétitivité dans la société de connaissance.

Pour ce faire, nous devons tout faire pour atteindre l'objectif du 3% du PIB pour la recherche d'ici 2010.

Atteindre cet objectif requiert en même temps que nous investissions dans un dialogue renforcé entre la science et la société.

Nous avons lancé dès 2000 un débat sur le thème de " Science, société et citoyens en Europe " et suite aux contributions reçues nous avons fait adopter fin 2001 par la Commission européenne un Plan d'Action Science et Société.

Ce plan d'action est censé contribuer à la promotion de la culture scientifique des Européens, au rapprochement de la politique scientifique des citoyens et à la mise au cœur de la définition des politiques d'une science responsable.

Nous avons pris des mesures pour que cette dimension soit également intégrée à l'ensemble des activités du sixième Programme Cadre de Recherche.

L'action dans le champ qui nous intéresse aujourd'hui a déjà commencé puisqu'une étude a été confiée à la fin de l'année dernière à la société IFOK qui nous fera part tout à l'heure de ses premiers résultats.

Cette action a déjà permis, je pense, de mobiliser les communautés intéressées par le thème de la participation de la société aux politiques de recherche et cette conférence d'aujourd'hui permettra d'échanger des expériences et des idées.

Je cite des conclusions du rapport de l'IFOK: " Le rôle de la Commission européenne devrait être d'abord de soutenir et de disséminer les modèles participatifs qui ont le plus de succès dans les processus de développement politique dans le sens de la nouvelle gouvernance. "

En tant que Commissaire européen à la Recherche, je m'inscris volontiers dans cette démarche.

Les expériences sont nombreuses au niveau des Etats Membres.

M. Jean-François Hebert, Président de la Cité des Sciences de la Vilette à Paris, en présentera quelques-uns. Mais beaucoup d'autres organisations européennes, nationales ou régionales ont acquis des expériences novatrices.

Et je pense en effet que le rôle de la Commission doit être de stimuler l'innovation dans ce domaine et de l'échange des bonnes pratiques.

Ce rôle de la part de la Commission européenne sera d'autant plus indiqué que la recherche sera inscrite comme un objectif et une compétence partagée pour l'Union dans le futur Traité de l'Union.

Voilà pour ma part ce que je tenais à dire en ouvrant cette conférence.

Les rapports entre l'homme et la connaissance évoluent et ceci doit être pris en compte dans nos politiques.

Cela nécessite la pleine participation des chercheurs eux-mêmes, ainsi que des régions et des Etats Membres, présents et futurs, qui seront également des architectes de l'espace européen de la recherche.

Je vous remercie de votre attention et je vous souhaite d'excellents travaux.

DN: SPEECH/03/295 Date: 12/06/2003

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